Brexit: la tension monte pour les Britanniques installés en France

par Andre Mallié - 5 avril 2019 - Catégorie : International

La peur de l’inconnu monte en flèche, outre-Manche, alors que le royaume avance à grands pas vers un “hard Brexit”. Mais un petit nombre de sujets de la couronne se sentent aussi exclus du destin de leur pays d’attache qu’ils n’en ont été au moment du référendum : les Britanniques installés en France. Pour eux, une part supplémentaire d’inconnu.

150 000 sujets britanniques ont choisi de s’installer en France, deuxième destination européenne après l’Espagne pour les Anglais. Or, le cliché du retraité Britannique venant couler ses jours paisibles sur le plateau continental a du plomb dans l’aile: de nombreux Anglais installés de manière pérenne en France sont actifs, voire jeunes. Et tous ne sont guère plus rassurés sur leur avenir que leurs compatriotes restés au pays. Les sujets qui ont quitté le sol natal depuis plus de 15 ans perdent leur droit de vote, dans la plus vieille démocratie européenne. Un nombre conséquent d’Anglais n’ont donc pas eu son mot à dire lors du référendum de 2016, sachant que l’immense majorité aurait voté pour le maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne. Aujourd’hui, ils craignent un destin totalement incertain, dont ils seront exclus. En somme, une apatridie subie, couverte par LCI: “Ce scénario inquiète les nombreux Anglais vivant en Dordogne. Ces derniers, qui n’ont pour le moment besoin d’aucun document particulier pour vivre et travailler dans notre pays, pourraient se retrouver en difficulté à partir de mars 2019”.

Chris Hooley, résidant depuis trente ans en France, se désole d’une amertume certaine mais exclut un retour au Royaume-Uni, quitte à être étranger partout: “je suis venu en France en 1989, déçu de ce que la vie anglaise avait à m’offrir, et attiré par la France”. Pour autant, il a continué à contribuer aux finances de sa patrie natale, mais craint que son avenir ne soit compromis. “Je crains qu’après 30 ans ici, la notion d’Anglais européen soit réduite à néant, et que tous les efforts que j’ai consentis jusqu’ici ne me mènent nulle part.” Au cœur de ses inquiétudes, se placent la question de sa retraite et celle de sa représentation. Un sentiment d’amertume partagé par sa femme Kay: “Je crains que la vie se complique beaucoup, pour nous, bientôt. J’aimerais bien un second vote, mais je pense surtout qu’il n’y aurait jamais dû y avoir le premier!”

Certains Anglais ont un angle plus général sur la question, mais restent néanmoins hostiles au départ de leur pays de l’Union Européenne. Mary Bardet, installée dans la région de Lyon et vivant en France depuis 1984, dit: “Je crains que cela ne cause encore plus de remous dans le reste de l’Europe, y compris par l’intermédiaire de citoyens Européens qui ne sont pas conscients des problèmes que le Brexit cause maintenant aux Anglais! Je crains également une montée des extrêmes, de gauche comme de droite”. Mais dans l’analyse des causes de ce qu’elle voit comme un désastre, elle rejoint ses compatriotes: “Il n’y aurait jamais dû avoir de référendum, et je doute qu’en organiser un deuxième changerait quoi que ce soit.” Une idée reprise par Anand Menon, du journal américain The Economist: “l’idée d’un second référendum est extrêmement délicate”. Outre les questions logistiques d’un tel vote, et la difficulté de trouver suffisamment de responsables politiques qui prendraient le risque de soutenir une telle initiative, il sera effectivement compliqué d’expliquer à l’électorat anglais que l’on prendra en compte les résultats du second vote, et pas ceux du premier. Enfin, tous les sondages indiquaient que le référendum serait négatif, et rien donc ne garantirait un sort différent à un éventuel match retour….

Anthony Feldman, un retraité de l’armée britannique installé depuis quinze ans dans le sud de la France avec sa femme, craint la rupture des accords de santé entre la France et l’Angleterre. “Je crains que les accords de réciprocité de couverture santé ne soient rompus. Actuellement, les dépenses de santé des sujets Britanniques sont refacturés par la France au Royaume-Uni.” La société d’assurances April prévient: “Quelles que soient les hypothèses, rien n’empêcherait la France et le Royaume-Uni de signer une convention de protection sociale pour leurs ressortissants respectifs. Si les négociations se durcissent entre les deux pays, plusieurs scénarios sont possibles, mais le plus probable serait celui d’un système de santé à deux vitesses entre nationaux et étrangers. Dans ce cas, la souscription d’une assurance internationale très protectrice serait d’autant plus indispensable pour les expatriés.” En somme, les Anglais en France seraient laissés à leur sort; exactement ce que craignent Anthony et ses nombreux compatriotes expatriés.

Parmi les témoins, seul Elinor Barbier, installée en France depuis 25 ans, s’annonce sereine, et pour cause: “J’ai la double nationalité anglaise et allemande, et cela fait des années que je voyage avec mon passeport allemand. Je ne suis donc pas inquiète en ce qui me concerne. Mais je le serais, si je n’avais que la nationalité anglaise!”. Elle rejoint néanmoins ses compatriotes, dans sa faible appréciation du référendum: “Je pense que bien des gens ont voté sans comprendre pourquoi.”, ajoute-t-elle. Elle ne prévoit aucun retour en Angleterre, dans l’avenir proche – une option laissée ouverte, mais jugée peu probable par tous: “on serrera les dents, mais on restera probablement”, abonde Anthony.

Destin personnel? Vision d’ensemble? Projet collectif? Chaque Anglais porte son propre regard sur la situation. Mais ils partagent tous deux choses: leur désaccord, et l’attribution de responsabilité.

Chacun abrite un sentiment d’immense gâchis, et l’exprimera ou pas, en fonction de ses choix. Et lorsqu’on leur demande qui ils tiennent responsables pour ce qu’ils considère être un désastre, un seul nom revient: David Cameron.

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