Joliesse et beauté

par Adrian H. Brown - 26 février 2019 - Catégorie : Société - Tags : Billet d'Humeur

Une erreur trop souvent commise par les femmes est celle d’accepter la défaite en plein milieu du jeu. Cette erreur provient d’une confusion conceptuelle : le manque de distinction entre la joliesse et la beauté, parfois mélangée dans un même pot, ou alors l’une élevée simplement au-dessus de l’autre : être belle serait être très jolie. Or, ces deux concepts sont bien différents; sans quoi le peuple français ne se serait probablement pas donné la peine de forger deux termes différents.

La joliesse est un fait, la beauté est une oeuvre. Confondre les deux, c’est renoncer à conserver l’une quand on est en passe d’achever l’autre. Et, lorsque la première est le fruit d’une loterie génétique bien arbitraire, la seconde redonne quelque espoir à toutes les femmes du monde, sans exception.

Un de mes vieux capitaines disait, lorsque j’étais sous son commandement :” A 40 ans, on a la gueule qu’on mérite”. Lisez “à 20 ans, même laids, vous êtes beaux, parce que vous êtes jeunes. A 90 ans, vous serez laids, mais personne ne vous en voudra. A 40 ans, si vous vous êtes surveillés, entretenus et respectés, alors vous serez les plus beaux hommes du monde. Si vous avez cedé à toutes les excuses et les paresses du temps qui passe, vous serez repoussants.”

Si l’aphorisme est séduisant, il est néanmoins incomplet, car il ne s’applique qu’à la beauté charnelle, et non esthétique ou stylistique. Construire son esthétique, son image, est un travail de très longue haleine, qui requiert une patiente étude de soi-même dans le reflet du regard des autres et celui de la glace. Il faudra quelques temps à la jeune femme pour se rendre compte que ses yeux sont plus agréables que sa bouche, ou son cou que ses mains. Il lui en faudra encore au moins autant pour organiser son image : mettre en avant ce qui est plaisant, mettre en retrait ce qui l’est moins. Or, c’est seulement une fois qu’elle aura défini quelle couleurs, quelles tailles, quelles formes lui apportent l’harmonie esthétique qu’elle deviendra véritablement belle. A compter de ce moment, elle s’affranchit largement du lot que la nature lui a donné.

Les plus forcenées sont si inconscientes du concept de beauté qu’elles s’accrochent avec une volonté morbide à l’apanage par essence éphémère de leur joliesse. Elles implorent médecins et maris de permettre qu’on fasse aller leur corps à l’inverse du temps. Les limbes qui s’en suivent sont délicieuses, éphémères et impitoyables. On en voit le résultat dîner dans les restaurants chics de paris, entre célibataires sexagénaires, avec des cigarettes menthol et des petits chiens sur les genoux, seuls êtres encore inconscients de ce que leurs maîtresses n’ont rien compris à l’art d’être une femme.

Je croise des jolies filles par centaines dans la rue. Si je ne m’en plains guère, je ne me retourne jamais, et pas seulement par décence : l’envie n’est pas là. Le moment est semblable à sentir une brise passer sur son visage. C’est agréable mais on n’arrêtera pas pour autant ce qu’on est en train de faire. Inversement, je suis toujours frappé d’admiration devant une femme belle. Elles sont rares, et ont tout le mérite du monde car elles ont mis en forme humaine l’image que Dame Nature ou la vie leur avait donné, avec patience, effort et humilité. Peu importe leur âge : il en est de toutes générations. J’ai rencontré des femmes superbes de 90 ans, en proportion quasiment égales aux trentenaires. Peu importe leur apparence. J’ai même rencontré deux femmes qui avaient été défigurées par des accidents. Contrairement à la plupart de leurs compagnes d’infortune qui sombrent d’ordinaire dans l’acceptation amère de leur nouvelle apparence, elles avaient fait preuve d’une courageuse insolence en décidant qu’elles seraient belles quand même. Et elles l’étaient. Pour les plus incrédules, je leur conseille de revoir le vieux film de Percy Adlon, Bagdad Café. Ils y trouveront une grosse allemande quadragénaire, frappante de beauté. Seules les jeunes femmes de 20 ans sont rarement belles, car elles n’en ont pas encore eu le temps. Mais elles sont jolies pour se consoler.

Evidemment, la beauté se transforme, au fil du temps, et les femmes de 90 ans n’ont plus la capacité de séduction de leurs 20 ans. Mais qui a dit qu’elles en voulaient? Elles seraient surement bien embêtées de devoir résister à des assauts réguliers de leurs amants, elles ont mérité un peu de repos. Mais s’il est une chose dont on ne se lasse jamais, c’est d’exister aux yeux des autres, c’est de sentir que le regard du passant n’a pas glissé sur soi comme si on était fait d’air.

Ainsi, Mesdames, je ne peux que vous exhorter à vous défaire de la tyrannie de la joliesse et de la jeunesse, c’est un jeu que vous ne pouvez que perdre. Choisissez-en un où vous serez chaque jour plus riche, plus belle, plus fascinante. Façonnez votre image comme une oeuvre qui n’appartiendra jamais qu’à vous.

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