L’Ukraine et ses jouets – ou pourquoi les Américains ne lâcheront pas leurs flingues

par Hegemon - 19 février 2019 - Catégorie : International - Tags : Billet d'Humeur

Nombre de Français expriment régulièrement leur incompréhension : pourquoi les Etats-Unis, face à leur taux d’homicide, n’interdisent-ils pas tout simplement les armes? Nombre des arguments brandis par ces opposants à la libre circulation des armes sont valables, ou du moins intelligibles, et partagés par nombre d’Américains. Mais ils ne sont pas pertinents. Les armes américaines montrent une différence fondamentale entre Français et Américains, et elle n’a rien à voir avec le crime.

Les Etats-Unis ne sont pas si violents, dans leur ensemble, que nous ne le pensons. Moins de 4 personnes sur 100 000 périrons par la main volontaire de l’homme aux Etats-Unis cette année, ce qui les place en 108ème position sur une peu plus de 200, ce qui est certes supérieur au taux français (1.2, 174ème position). J’ai étudié longuement la relation entre les armes et le crime aux Etats-Unis, sachant que chaque état ayant ses lois, certains états autorisent librement la détention d’armes, alors que d’autres la dissuadent extrêmement fortement par des réglementations impénétrables (sans l’interdire complètement, ce qui serait anticonstitutionnel). Le résultat de cette étude? Rien. Aucune tendance ne se dessine. La Louisiane contrôle les armes très strictement, et est pourtant le deuxième état le plus violent du pays. Le New Hampshire laisse la liberté de posséder des armes à ses citoyens, et arbore pourtant le taux le plus faible du pays. Le Texas, qui contient la puissance de feu de l’armée rouge, n’est qu’en milieu de classement. Allez comprendre.

Environ la moitié des Américains adhèrent aux mêmes arguments que la quasi-totalité des Français : les armes sont faites pour tuer, il faut donc les interdire pour contenir la violence. Argument qui, s’il peut être nuancé, n’est tout de même pas absurde. Pourquoi cet entêtement étatsunien, alors?

Après la chute de l’Union Soviétique, l’Ukraine s’est retrouvée maître des ogives nucléaires que les Russes avaient laissées sur son territoire. La Russie et les Etats-Unis se sont empressés d’aller voir les Ukrainiens , pour obtenir d’eux qu’ils les rendent. Les Ukrainiens ont demandé pourquoi les Russes et Américains devraient en avoir, et pas eux. Réponse : c’est trop dangereux pour toi, mon ami, laisse ça aux grands. L’Ukraine objecte ! J’ai quand même un voisin Russe connu pour ces épisodes invasifs et peu amènes! Boris Yeltsin promet : “je jure que je ne t’envahirai pas, une fois que tu auras donné tes ogives !”. L’Ukraine hésite, devant le lard et le cochon. Bill Clinton, allié de circonstance, double le coup : “S’ils ne tiennent pas parole et t’envahissent, je ferai de toi un membre de l’OTAN et ta liberté sera garantie par la puissance militaire américaine!”. C’est d’accord, l’Ukraine signe en 1994 et remet ses ogives. 20 ans plus tard, les Russes entrent en Ukraine comme dans un moulin, démembrent le pays, et les Etats-Unis ne mouftent pas. Est-ce à dire que l’Ukraine a été flouée? Pas vraiment, car les signataires individuels (Clinton et Yeltsin) ont tenu parole. Mais une fois les armes rendues, l’Ukraine était à la merci des Russes nucléarisés, adversaire devant lesquels les Américains réfléchissent à deux fois avant de monter au charbon.

Obama voulait bannir les flingues pour endiguer la violence. Devant la ferme opposition populaire, la montagne a accouché d’une souris (seules les armes automatiques ont été restreintes – ce qui n’a absolument aucun impact sur la capacité à tuer). S’il avait réussi son coup et interdit les armes, aurait-il ensuite retourné sa veste pour s’en prendre aux libertés des citoyens? Probablement pas. Oui, mais après Obama, il y a Trump. Et après Trump, il y aura quelqu’un d’autre. Et une fois que les armes sont données, elles ne seront pas rendues. Un gouvernement réfléchit à deux fois avant de s’en prendre à son peuple, quand son peuple est mieux armé que lui. Rendre ses armes, c’est faire confiance au gouvernement pour qu’il nous protège, du crime et de lui-même. Et les Américains pro-armes n’ont aucune confiance dans leur gouvernement. Les armes américaines, malgré le tort qu’elles causent, perdurent parce que leurs propriétaires aiment leur liberté plus que leur sécurité, et sont prêts à en payer le prix.

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